L’acteur ivoirien Isaach De Bankolé entend donner un nouvel élan au cinéma africain avec « Premier Continent », un projet culturel qui associe la création d’une école panafricaine de théâtre et de cinéma à l’organisation d’un festival international à Abidjan. Présentée officiellement le lundi 26 octobre 2026 au cinéma Majestic Ivoire, cette initiative ambitionne de professionnaliser les métiers du septième art et de renforcer la visibilité des productions africaines sur la scène internationale. C’est aux côtés de Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, et en présence de Françoise Remarck, ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, qu’Isaach De Bankolé a dévoilé les grandes lignes de ce projet qu’il mûrit depuis près de quatre décennies. Portée en collaboration avec le réalisateur et producteur franco-ivoirien Philippe Lacôte, l’initiative se veut une réponse aux besoins de formation et de structuration de l’industrie cinématographique africaine, « C’est un projet que je porte depuis près de 40 ans. Aujourd’hui, ce projet commence à voir le jour », a confié l’acteur, convaincu du potentiel de la jeunesse africaine. «Nous avons ici un vivier incroyable de jeunes talents. Mais, il faut professionnaliser le secteur», a-t-il souligné.
Une école pour former les acteurs de demain
La première composante de « Premier Continent » repose sur la création, à Abidjan, d’une École panafricaine de formation d’acteurs en cinéma et en théâtre. Cette structure entend offrir aux jeunes Ivoiriens et Africains les compétences nécessaires pour accéder aux métiers de la scène et de l’écran, gagner en autonomie et construire une carrière professionnelle durable. Dans un premier temps, la formation sera essentiellement consacrée au métier d’acteur. À terme, l’établissement devrait élargir son offre aux métiers techniques du cinéma, notamment la direction de la photographie, les costumes, les décors et les effets spéciaux, «Il est constitué d’une école de théâtre et de cinéma pour l’acteur d’abord, et doté d’un festival. À terme, cette école-là aura aussi des départements pour la technique», a expliqué Isaach De Bankolé.
L’ambition est également de favoriser l’ouverture linguistique et culturelle de l’établissement, avec des enseignements dispensés en français et en anglais. Pour l’initiateur du projet, l’objectif dépasse la simple transmission de connaissances techniques. Il s’agit aussi de permettre aux jeunes de développer leur créativité, de raconter leurs propres histoires et de prendre pleinement leur place dans l’industrie cinématographique, «Ce projet vient permettre aux jeunes de s’exprimer et de libérer leur imaginaire», a-t-il affirmé. L’acteur a par ailleurs indiqué que les préparatifs étaient déjà engagés. Selon lui, le site destiné à accueillir l’infrastructure existe et les activités peuvent commencer sans attendre l’achèvement des installations physiques. Un premier court métrage est notamment annoncé pour janvier 2027.
Un festival international pour faire rayonner le cinéma africain
La seconde composante du projet est le Festival international « Premier Continent », dont la première édition est prévue en novembre 2027 à Abidjan. Ce rendez-vous entend contribuer au rayonnement international du cinéma africain, favoriser les échanges entre professionnels, accompagner la professionnalisation des acteurs et faciliter l’accès aux financements pour les productions du continent. Le festival s’articulera autour de plusieurs axes, notamment le dialogue international et la promotion des jeunes talents, l’accompagnement des professionnels et le développement de l’industrie à travers « Abidjan Film Lab », la démocratisation culturelle par le cinéma populaire ainsi que la préservation de la mémoire et du patrimoine cinématographiques, sous l’appellation « Cinémémoire ». La programmation prévoit également des distinctions destinées à mettre en valeur les œuvres cinématographiques. Un jury de cinq membres devrait décerner notamment l’Éléphant d’or, récompensant le meilleur film de la sélection officielle, et « La Graine Premier Continent », autre distinction annoncée par les organisateurs. Une place importante sera par ailleurs accordée à la mémoire du cinéma africain, avec des hommages envisagés à plusieurs pionniers ivoiriens, parmi lesquels Timité Bassori, Désiré Écaré, Henri Duparc et Roger Gnoan M’Bala. Des figures majeures du cinéma continental, telles que Douta Seck, Oumarou Ganda, Med Hondo et Youssef Chahine, devraient également être célébrées. À travers cette programmation, les promoteurs entendent établir un dialogue entre les générations, valoriser les héritages artistiques et offrir de nouvelles perspectives aux professionnels du secteur.
Le Festival de Cannes apporte son soutien
La présence de Thierry Frémaux à la présentation officielle témoigne de la volonté des promoteurs d’inscrire « Premier Continent » dans une dynamique d’ouverture internationale. Le délégué général du Festival de Cannes a exprimé son soutien à cette initiative, qui entend rapprocher davantage les professionnels africains du reste du monde.«Je suis heureux que le Festival de Cannes associe son image à ce projet», a-t-il déclaré, rappelant l’importance du double volet que constituent l’école et le festival. Il a également salué l’intérêt du public ivoirien pour le septième art. «Le public ivoirien répond et a envie d’aller au cinéma. Aujourd’hui, le désir du cinéma existe», a-t-il fait observer. Pour les promoteurs, l’enjeu est notamment de favoriser une circulation plus équilibrée des œuvres et des talents. Il ne s’agit plus seulement de faire découvrir le cinéma africain à l’étranger, mais aussi d’inciter les professionnels internationaux à venir en Afrique, à rencontrer ses créateurs et à découvrir la diversité de ses productions.
L’État ivoirien promet d’accompagner l’initiative
Présente à cette rencontre, la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a salué une initiative qui s’inscrit, selon elle, dans les ambitions du gouvernement en matière de développement de l’industrie cinématographique et de rayonnement culturel. La ministre a assuré que l’État entendait contribuer à la mise en place d’un environnement favorable aux initiatives culturelles, à travers les réformes, les mécanismes d’accompagnement et les dispositifs destinés à soutenir les professionnels. «L’État est là pour mettre le cadre et les conditions. Nous mettrons à disposition ce qu’il faut», a-t-elle assuré, appelant à multiplier les projets susceptibles de dynamiser le secteur. Cette volonté d’accompagnement intervient dans un contexte où la formation, le financement des productions et l’accès aux marchés internationaux constituent des enjeux importants pour le développement du cinéma ivoirien et africain.
Un retour aux sources pour Isaach De Bankolé
Né et grandi à Treichville, à Abidjan, Isaach De Bankolé a construit une carrière internationale, collaborant avec des réalisateurs de renom tels que Jim Jarmusch, Lars von Trier et Claire Denis. Son parcours, entre l’Afrique, l’Europe et les États-Unis, confère une dimension particulière à son engagement en faveur de la formation des nouvelles générations. Avec « Premier Continent », l’acteur entend contribuer à l’émergence d’un environnement dans lequel les jeunes talents africains pourront se former, développer leurs projets et accéder à des opportunités professionnelles plus nombreuses. Au-delà de la création d’une école et d’un festival, le projet ambitionne ainsi de renforcer les capacités locales, de préserver la mémoire du cinéma africain et de favoriser une meilleure reconnaissance de ses professionnels à l’échelle mondiale.
Le rendez-vous est désormais fixé à novembre 2027 pour la première édition du festival. D’ici là, la mise en œuvre des activités de formation et les premières productions annoncées constitueront des étapes importantes pour concrétiser cette ambition culturelle.
Par Enzo Dia









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