Logo Gram

écouter

Direct

Podcasts

Découvrir

Qui sommes-nous ?

Programmes

Évènements

Vidéos

S’informer

Actualités

People

Suivez-nous sur :

SOUTENANCE DE MÉMOIRE/RAP IVOIRE: Jérôme Bitty décroche la Mention Très Bien, et ouvre le débat sur l’avenir du showbiz ivoirien à l’ère du Streaming

par | 11 Août 2026 | A la une, Actu Life RADIO

.Le Rap Ivoire fait danser, rassemble et s’exporte de plus en plus sur les plateformes numériques. Mais transforme-t-il suffisamment sa popularité en revenus et en rayonnement international ? C’est à cette question que s’est intéressé Jérôme Bitty, à travers un mémoire consacré au « Marketing culturel et positionnement du showbiz ivoirien à l’ère du streaming : cas du Rap Ivoire ». Une recherche soutenue avec brio à l’Institut International Polytechnique des Élites d’Abidjan (IIPEA), sanctionnée par une note de 17/20, mention d’excellence.

Du Zouglou au Coupé-Décalé, en passant aujourd’hui par le Rap Ivoire, la Côte d’Ivoire n’a jamais cessé de faire émerger des expressions musicales capables de dépasser ses frontières.Mais à l’heure où Spotify, YouTube, Boomplay, TikTok et Instagram redessinent les règles du jeu, le succès populaire ne suffit plus. Il faut désormais savoir construire une marque, capter une audience, fidéliser une communauté et surtout transformer les écoutes et les vues en revenus.C’est tout l’intérêt du travail présenté par Jérôme Bitty. Son étude met en lumière un paradoxe qui interpelle : le Rap Ivoire bénéficie d’une forte visibilité numérique, mais peine encore à convertir cette audience en une véritable puissance économique.

Le streaming : beaucoup de vues, peu de revenus ?

Les résultats de l’enquête sont révélateurs.Selon les données recueillies par Jérôme Bitty, 87 % des personnes interrogées écoutent le Rap Ivoire sur YouTube, tandis que 91 % déclarent le découvrir grâce aux réseaux sociaux. Le public est essentiellement jeune : 84 % des répondants ont moins de 30 ans. Le Rap Ivoire dispose donc d’une formidable capacité de diffusion auprès de la jeunesse connectée.Mais derrière cette popularité se cache une réalité économique plus complexe. 54,5 % des personnes interrogées ne disposent d’aucun abonnement musical payant. Dans le même temps, le concert demeure le principal moyen par lequel le public contribue financièrement à la carrière des artistes, avec 70,9 % de citations.Autrement dit, le public est là. Les vues sont là. L’engouement est là. Mais la transformation de cette popularité en revenus demeure encore un chantier majeur.

Le Nouchi, une identité qui s’exporte

Autre enseignement fort de cette recherche : le Nouchi n’est pas perçu comme un handicap par le public. Bien au contraire, 73 % des personnes interrogées reconnaissent au Nouchi un rôle identitaire important, tandis que 45,5 % considèrent l’identité culturelle comme la première raison de leur attachement au Rap Ivoire.

Pour Jérôme Bitty, le Nouchi constitue donc un véritable capital culturel. Cette langue urbaine, longtemps considérée comme un simple argot, est aujourd’hui devenue un marqueur de l’identité ivoirienne et un outil de différenciation artistique.Le défi n’est donc pas de gommer le Nouchi pour séduire l’international. Il s’agit plutôt de le rendre accessible sans le dénaturer.

Des acteurs du showbiz associés à la réflexion

Pour donner une dimension concrète à son étude, Jérôme Bitty a croisé les données du public avec les regards de professionnels du secteur.Son enquête qualitative a notamment mobilisé plusieurs figures et acteurs de l’écosystème musical ivoirien, parmi lesquels Claude Bassolé, Gadji Celi, le président des DJ de Côte d’Ivoire Luciano, Blé Barbe, Abou Nidal de Genève, Gervais Guess, président des managers de Côte d’Ivoire, Diba Diallo, Molare, A’Salfo, David Tayorault et Koudou Athanase, ainsi que le BURIDA..

Le concert reste roi

Alors que l’industrie mondiale de la musique évolue vers des modèles de consommation de plus en plus numériques, la scène demeure particulièrement importante en Côte d’Ivoire.Les entretiens réalisés dans le cadre de l’étude montrent que les concerts restent l’une des sources de revenus les plus sûres pour les artistes.Cette situation traduit les limites du modèle actuel. Une forte audience numérique ne garantit pas automatiquement des revenus importants. La question de la maîtrise des outils de monétisation, de la collecte des droits et de la structuration des carrières devient dès lors essentielle.Le travail de Jérôme Bitty appelle notamment à une meilleure implication des institutions et des organismes de gestion des droits afin d’améliorer la récupération des revenus issus des plateformes numériques.

Quatre pistes pour changer la donne

Face à ces constats, le chercheur formule plusieurs recommandations:La première concerne le positionnement international. Il préconise une meilleure exploitation de YouTube, la valorisation du Nouchi et le développement de collaborations internationales.La deuxième porte sur la formation des acteurs. Artistes et managers doivent davantage maîtriser les outils numériques d’analyse et de pilotage, notamment les données fournies par les plateformes de streaming. La professionnalisation des managers et la protection de la propriété intellectuelle apparaissent également comme des priorités. Le Troisième chantier : la diversification des revenus. Merchandising, billetterie digitale, contenus exclusifs payants et autres mécanismes innovants pourraient contribuer à renforcer les revenus des artistes.Enfin, Jérôme Bitty invite les acteurs ivoiriens à repenser leurs rapports avec les grandes maisons de disques internationales. Il plaide pour des partenariats sélectifs et équilibrés, mais aussi pour l’émergence de labels locaux suffisamment structurés pour accompagner les artistes ivoiriens.

17/20 : une distinction qui vient consacrer le travail

Cette réflexion a convaincu le jury.À l’issue de sa soutenance, Jérôme Bitty a obtenu la note de 17/20, consacrant ainsi la validation de son parcours universitaire à l’IIPEA avec une mention d’excellence.Une réussite qu’il attribue également à ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure.Le jeune diplômé a adressé des remerciements appuyés à son directeur de mémoire, M. Mohamed Aziz Gramboute, pour sa rigueur et ses orientations, ainsi qu’aux professionnels du showbiz ayant accepté de contribuer à son travail de terrain.Il a également exprimé sa gratitude à son père spirituel, l’Archevêque Kodja Guy Vincent, pour ses paroles de motivation, ainsi qu’à son réseau pour sa participation à l’enquête quantitative.

« Le travail de l’ombre est récompensé sous la lumière »

Au-delà de la performance académique, cette soutenance marque pour Jérôme Bitty le début d’une nouvelle étape.

Son étude pose en effet une problématique qui dépasse sa seule personne : le Rap Ivoire peut-il devenir une véritable industrie culturelle internationale sans perdre ce qui fait son identité ? Pour le chercheur, la réponse passe par une meilleure organisation du secteur.Le Rap Ivoire n’a pas besoin de renoncer à son authenticité pour conquérir le monde. Il doit plutôt apprendre à transformer son identité en stratégie de marque, son audience en communauté et sa popularité en valeur économique.

Le Nouchi, dans cette perspective, apparaît non comme une faiblesse, mais comme une signature.« Le travail de l’ombre est récompensé sous la lumière. Une nouvelle ère managériale s’ouvre aujourd’hui », a déclaré Jérôme Bitty au terme de cette étape.

Avec cette recherche, le nouveau diplômé entend ainsi apporter sa contribution à la réflexion sur la professionnalisation du showbiz ivoirien. Une industrie qui possède déjà le talent, le public et l’identité. Reste désormais à mieux structurer le modèle économique pour que le succès numérique du Rap Ivoire puisse pleinement se traduire en revenus, en emplois et en rayonnement international pour la Côte d’Ivoire.

Par Enzo

Partager cet article

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


La période de vérification reCAPTCHA a expiré. Veuillez recharger la page.